Suivre les festivals de cinéma en Europe sans se ruiner : le carnet de route

Je suis allé à Saint-Sébastien en septembre dernier avec 380 euros en poche, bus de nuit compris, et j’en suis revenu avec trois badges de projection et une tendinite au genou droit. Le festival lui-même coûtait moins cher que mes cafés. Ce genre de voyage, où la culture est le prétexte et le budget l’obsession, demande une préparation différente d’un city break classique. J’ai tanné un ami qui tient un blog voyage Voyages O Top pour qu’il me refile ses méthodes de calcul, et j’ai testé la chose sur quatre éditions d’affilée.

Le point de départ, c’est la billetterie. Chaque festival a sa politique, et elle change tout.

Badges, pass et tarifs étudiants : ce qu’on ne lit jamais dans les brochures

À Cannes, la semaine de la Critique vend des pass à 450 euros hors logement, ce qui reste hors de portée pour la plupart des gens. À Venise, le pass giornaliero coûte 30 euros en ligne et 45 sur place, et personne ne vous le dira à l’entrée. Saint-Sébastien vend des carnets de dix séances à 65 euros pour les moins de 30 ans, sans condition de résidence. Une amie berlinoise a obtenu son accréditation presse pour la Berlinale en trois semaines avec un simple blog de 4 000 visiteurs mensuels. Ce n’est pas une blague : les festivals cherchent de la couverture, même modeste. Le vrai filtre, ce n’est pas le prestige de votre média, c’est la date limite de dépôt.

Les gens surestiment le coût des séances et sous-estiment celui du logement.

Venise en septembre, c’est 180 euros la chambre simple à Mestre. Cannes en mai, c’est 250 pour un studio à 40 minutes en train. La parade que j’utilise partout : je dors dans la ville voisine reliée par un train régional, et je rentre après la dernière projection. Gênes pour Venise, Nice pour Cannes, Bayonne pour Saint-Sébastien. Le trajet coûte 8 à 15 euros l’aller, le logement deux à trois fois moins cher. Sur dix jours, ça fait une différence de 900 euros.

Le vrai budget d’un festival, ligne par ligne

Reprenons mon dernier départ, Saint-Sébastien, neuf jours. Bus Paris–Hendaye : 47 euros l’aller. Train Hendaye–Saint-Sébastien : 2,50. Auberge à Irun, côté espagnol : 31 euros la nuit, petit-déjeuner compris. Carnet de dix projections : 65. Nourriture : 22 à 28 euros par jour en cuisinant deux repas sur trois. Total réel : 512 euros, transport retour inclus. Le billet d’avion que j’avais regardé d’abord affichait 210 euros rien que pour l’aller. Le passage par le train de nuit et la frontière m’a économisé plus de 200 euros, au prix d’une nuit inconfortable que j’ai vite oubliée.

Il y a une méthode plus souple, qui consiste à ne rien réserver avant d’avoir vu le programme. Je l’ai tentée à Locarno : la sélection tombe début juillet, les hébergements sont saturés à partir du 20. Résultat, deux nuits à Ascona à 140 euros la chambre, ce qui a mangé mon budget repas. Réserver avant l’annonce de la programmation reste plus sage, surtout quand on vise une petite ville.

Les festivals qui valent le déplacement pour autre chose que les films

Clermont-Ferrand en février, pour le court-métrage. La ville entière vit au rythme des projections, les cafés affichent les horaires, les inconnus vous parlent de leur film préféré de la journée dans la queue du tram. Dix jours de pass à 90 euros pour les non-professionnels, et des logements universitaires loués à 25 euros la nuit pendant les vacances d’hiver. J’ai vu un réalisateur japonais présenter son film dans une salle de 60 places, puis boire une bière avec le public à la sortie. Ce genre de scène n’existe pas dans les grands festivals.

Rotterdam, fin janvier, est le moins cher des grands rendez-vous européens. Le pass complet tourne autour de 200 euros, les auberges descendent à 28 euros en dortoir, et le festival est à dix minutes à pied de la gare centrale. Le cineville néerlandais, une carte de cinéma nationale, fonctionne dans certaines salles partenaires pendant le festival. Vérifiez l’éligibilité avant de partir, ça vaut quelques dizaines d’euros.

Un mot sur les frais cachés, parce que je me suis fait avoir deux fois. Les frais de dossier pour les accréditations, de 0 à 80 euros selon les festivals, ne sont pas remboursés si votre demande est refusée. Les projections de gala, souvent hors pass, coûtent 20 à 60 euros de plus. Et certaines salles sont à 30 minutes en bus du centre-ville, ce qui ajoute un abonnement transport que personne ne mentionne dans les guides.

Ce que je retiens après quatre éditions

Partir pour un festival de cinéma coûte cher si on copie le modèle des professionnels : hôtel au centre, pass VIP, restaurants. En calquant sur le modèle étudiant, le budget tombe sous les 600 euros pour une semaine, transport compris, sans sacrifier le nombre de films vus. La différence tient à trois décisions prises avant le départ : où dormir, comment arriver, et quel type de pass acheter. Le reste, c’est de la patience dans les files d’attente et un carnet pour noter les horaires.

Le meilleur conseil que je puisse donner reste de partir seul au moins une fois. On voit deux fois plus de films, on parle à des inconnus, et on rentre avec des adresses qu’aucun guide ne recense.